2 h 30. Le réveil sonne dans une maison endormie. Je me lève sans bruit, le sac est prêt depuis la veille. Dehors, la nuit est totale.
Deux heures de route vers le sud, vers les montagnes du Pays basque espagnol. Les phares découpent les virages, la radio reste éteinte. Il n'y a que moi, la route, et cette idée fixe : être dans la forêt d'Otzarreta avant que le jour ne s'y lève.
J'y entre à la lampe frontale. Le faisceau accroche des troncs tordus, des branches qui s'ouvrent comme des bras, des racines qui rampent sur le sol. De nuit, les hêtres ététés ressemblent à des créatures figées en plein mouvement. Je trouve ma place, j'installe le trépied, et j'éteins la lampe.
Alors commence l'attente. Le froid qui monte par les pieds, l'humidité du ruisseau, le noir complet. Et la solitude — pas celle qui pèse, celle qui apaise. Une quiétude rare, que l'on ne trouve qu'à ces heures où le monde n'appartient encore à personne. Au loin, puis tout près, les chouettes se répondent. Leur chant est la seule voix de la forêt, et je n'ose pas bouger pour ne pas l'interrompre.
Puis, lentement, le ciel pâlit. Les silhouettes sortent de l'ombre une à une. Et soudain le soleil perce entre les troncs : ses rayons traversent la brume, embrasent le tapis de feuilles rousses et viennent caresser les racines couvertes de mousse du vieux hêtre. Le décor d'un conte, réel pendant quelques minutes à peine.
Les hêtres ététés d'Otzarreta sont pour moi parmi les plus beaux arbres du monde. Façonnés pendant des siècles par la main des hommes, puis rendus à eux-mêmes, ils ont pris ces formes extraordinaires qui font de ce lieu un endroit à part. Ce tirage, c'est cette nuit-là, ce silence-là, et ces quelques minutes de lumière qui valaient chaque heure de sommeil perdue.
Édition limitée à 30 exemplaires, numérotés et signés
Plus que 30 exemplaires disponibles
75 €
Tirages réalisés par mon imprimeur
Aperçu en situation
Échelle approximative du tirage choisi sur un mur de salon, canapé de 1,80 m.