9 octobre 2026 · 2 min de lecture
Aiako Harria, la forêt mystique du Pays basque
Aux portes des Pyrénées, des hêtres trognes couverts de mousse, des cascades cachées et des refuges oubliés : un paysage à la frontière du réel.
Aux portes des Pyrénées, là où les montagnes rencontrent l'influence de l'Atlantique, les forêts d'Aiako Harria semblent appartenir à un autre temps.
Il faut quitter les sommets et s'enfoncer sous les arbres pour découvrir un autre visage du massif. Celui d'une forêt humide, dense et silencieuse, façonnée autant par les éléments que par les hommes qui l'ont parcourue pendant des siècles.
Partout, les vieux hêtres attirent le regard. Certains portent encore les formes caractéristiques des trognes, ces arbres autrefois régulièrement taillés pour récolter leur bois sans les abattre. Au fil des décennies, leurs troncs se sont épaissis, divisés, déformés. Leurs silhouettes noueuses semblent parfois presque humaines. Recouverts de mousse, marqués par le temps et l'humidité, ils sont devenus pour moi l'un des visages les plus singuliers de ces forêts.
Autour d'eux, la végétation reprend constamment possession des lieux. Les fougères couvrent le sol, les mousses enveloppent les pierres et les racines, les branches mortes disparaissent lentement sous le vert. Lorsque la brume descend du massif, elle se glisse entre les troncs et efface les profondeurs. La forêt ne se révèle alors que par fragments.

Et puis il y a l'eau.
Elle accompagne presque toujours ces paysages, parfois visible, souvent simplement perceptible. Elle ruisselle entre les pierres, traverse les sous-bois et donne naissance, au détour d'un sentier, à de petites cascades dissimulées sous la végétation. Certaines semblent n'exister que pour celui qui accepte de quitter les chemins les plus évidents.
De temps à autre apparaît également une construction : un petit refuge, une cabane, un abri isolé au milieu des arbres. Une présence humaine discrète dans un environnement qui paraît pourtant l'avoir presque entièrement absorbée. Avec le temps, les pierres se couvrent de mousse, les murs se fondent dans les mêmes tonalités que les troncs et la frontière entre ce qui appartient à l'homme et ce qui appartient à la forêt devient moins évidente.
Cette présence humaine est ancienne. Depuis des millénaires, ces montagnes sont parcourues, habitées et exploitées. Les cromlechs et autres vestiges mégalithiques disséminés dans le massif en sont encore les témoins. Les trognes racontent une histoire plus récente : celle d'une forêt travaillée, utilisée puis progressivement transformée par les générations qui s'y sont succédé.

C'est peut-être ce mélange qui me fascine le plus à Aiako Harria.
La forêt n'y est ni totalement sauvage, ni véritablement domestiquée. Elle conserve les traces de ceux qui l'ont traversée tout en les recouvrant lentement.
Cette série est née de cette sensation.
Je n'ai pas cherché à dresser un inventaire des forêts d'Aiako Harria, mais à photographier ce qu'elles me font ressentir : les silhouettes étranges des vieux arbres, une cabane apparaissant dans le brouillard, le mouvement d'une cascade cachée sous les feuilles, quelques pierres couvertes de mousse ou simplement une lumière qui parvient à traverser les branches.

Des fragments d'un territoire profondément ancien, où chaque détour semble pouvoir révéler quelque chose.
Un paysage à la frontière du réel, quelque part entre mémoire, silence et imaginaire.